Portrait, Reportages

Femmes syndicalistes : le militantisme dans les veines

Les syndicats revisitent les méthodes de recrutement. Crédit : FES

J’ai le militantisme dans les veines. Mon père était syndicaliste, je suis syndicaliste. J’ai été élevée ainsi”. Julio Rakotomaharavo,  syndicaliste  de l’Union des syndicats des employés malgaches révolutionnaires (Fisemare), mariée et mère de famille, est une femme énergique et déterminée. Dans son syndicat ouvrier, Julio est à la tête du département dédié aux femmes qui représentent 30% des membres du Fisemare : “Culturellement parlant, les femmes malgaches, et en particulier dans le milieu ouvrier, ne sont pas habituées à être aussi engagées dans la vie syndicale. Mais c’est un engagement nécessaire et même salutaire que nous, en tant que femmes, avons notre mot à dire sur le travail que nous exerçons et les conditions dans lesquelles nous les exerçons”.

Julio Rakotomaharavo, militante engagée

Syndicaliste, malgré la pression

La pression familiale se fait ressentir sur les femmes, “à qui  l’on reproche de mettre le gagne-pain en danger, en étant actives au sein des syndicats”, déplore Julio.  La plupart du temps, et même si l’on voit des exemples plutôt positifs, les maris ne veulent pas que leurs épouses soient trop exposées au sein d’un groupement aussi militant que le syndicalisme”. Pour Volatiana Elisabeth Raveloson, de la Solidarité des Syndicats de Madagascar (FMM), l’initiative de rejoindre le syndicat a été motivé par des problèmes professionnels :”Mon employeur dépassait les limites. J’avais des conditions de travail pénibles, sans aucune possibilité de valoriser mes initiatives”, se rappelle la jeune mère de famille qui travaillait auparavant dans l’hôtellerie.”Je suis aujourd’hui très investie dans mon syndicat, mais c’est un investissement que je n’aurais pas pu avoir dans mon ancien emploi. Alors, oui, j’imagine que le syndicat m’a libéré de mes peurs”.

Syndicaliste, en “mode recruteur”

Les syndicalistes adoptent de nouvelles méthodes de recrutement et de réseautage pour redynamiser les groupements. Les militantes visitent entreprises et zones franches pour sensibiliser les femmes à la cause syndicale, comme Julio, armée de courage et de son carnet de recrutement :”Nous  privilégions les discussions directes, pour que les femmes adhèrent aux syndicats avant d’être de situations illégales. On discute avec elles de l’importance d’intégrer un syndicat, en particulier les ouvrières, de l’importance de  connaître ses droits, autant pour soi même que pour son entreprise”.

Les syndicats revisitent les méthodes de recrutement. Crédit : FES

Les groupements se mobilisent pour former leurs membres et spécialiser leurs départements sur des thèmes précis afin de mieux se préparer aux défis du syndicalisme, en particulier dans les secteurs de l’énergie, des mines et de l’hôtellerie. Mais malgré la mobilisation, les femmes syndicalistes s’ont d’accord sur un point que Julio Rakotomaharavo résume : “ C’est surtout au niveau de l’éducation que nous donnons au sein de nos familles et de nos écoles qui ne favorisent pas l’expression libre des convictions. Si le syndicalisme aujourd’hui en pâtit, c’est en partie parce que la qualité de notre éducation et de notre milieu social a nettement changé

Pour connaître le parcours du mouvement syndical malgache : Le Mouvement Syndical à Madagascar, FES. 

Pour connaître l’initiative nationale sur le travail décent à Madagascar  : Programme Pays pour le travail décent à Madagascar de l’Organisation Internationale du Travail, 2015 – 2019 

 

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