Reportages

Un roman en BD, Tangala

BD-tangala

Antananarivo des années 1940. Une ambiance feutrée, tiraillée entre un  Madagascar à la reconquête de sa liberté et une France, avide de conquête et de domination. Tangala, un jeune homme issu d’une famille aisée du vieil Imerina, est au cœur d’un récit où s’entremêlent une impossible histoire d’amour et une rivalité entre des amis d’hier, incarnant chacun une facette de la lutte acharnée entre les Malgaches et la France coloniale. C’est la trame de la BD, Tangala, aux éditions Des Bulles dans l’Océan, dessinée par Tojo Alain et qui est en train de connaître un certain succès.

Un crayon autodidacte pour la BD, Tangala

Tojo Alain est originaire d’Antsirabe où il a passé son enfance et son adolescence. Il découvre le dessin grâce à son père, un passionné de dessin et de peinture.  Il a commencé à griffonner dans ses cahiers de classe, a participé à de petits concours lycéens où les jurys avaient récompensé son talent en devenir. Plus tard, il intègre quelques associations telles que le groupement des artistes et artisans d’Antsirabe (GAAA), puis quelques petites boîtes d’édition locales,  associations de dessinateurs et de bédéistes où il fera ses armes.  On lui doit notamment une nouvelle version de la BD « Naivo Kely », réédité par la maison Creacom/Ngah! La BD rappelle d’anciennes planches qui ont bercé l’enfance de plusieurs générations de Malgaches comme Danz ou Avotra (Ed. Eh!)

L'esquisse d'une voiture ancienne, crayonnée par le dessinateur de la BD, Tangala - visible sur son blog http://tojobd.blogspot.com/

L’esquisse d’une voiture ancienne vu sur le blog http://tojobd.blogspot.com/

Autodidacte en matière de dessins, Tojo Alain s’est ainsi formé sur le tas et en s’inspirant sur les planches qu’il lit. Un parcours obligé d’ailleurs car Madagascar, bien que riche d’artisans et d’artistes en herbe, manque sérieusement de structure d’accueil et de formations pour encadrer ces talents.

A défaut de pouvoir se former en dessin, Tojo Alain fait l’apprentissage du journalisme et rejoint les colonnes des quelques quotidiens locaux en tant que dessinateur de presse. C’est au bout de ce parcours d’une dizaine d’années dans le monde du dessin que lui viendra l’idée de son album « Tangala » qui se déroule à l’époque coloniale.

Du dessin à l’histoire

Dans son atelier tananarivien du 21e siècle, Tojo le dessinateur explore le temps à la pointe de son crayon. Il aura fallu deux longues années pour aboutir à ce magnifique album, mais le résultat est à la hauteur de ses efforts. « Pour croquer mes personnages et dessiner leur environnement, je me suis investi dans la recherche historique. Je me suis d’abord penché sur des livres, puis des archives et des documentations en ligne. J’ai beaucoup marché dans les rues d’Antananarivo pour constater les évolutions des quartiers et voir de quelle manière je pourrais rendre mes dessins, de telle sorte que mes lecteurs reconnaissent des lieux sur leurs configurations des années coloniales », explique le jeune bédéiste.

Une planche extraite de la BD, Tangala

Une planche extraite de la BD Tangala

Le dessinateur se dit volontiers passionné d’histoire et avait commencé à imaginer un récit croqué qui associerait ses deux passions : le dessin et l’histoire. Un projet qui allait l’amener à faire face aux réalités de la documentation à Madagascar. « Je me suis aperçu, en dessinant mon projet à quel point l’accès à l’information est assez difficile à Madagascar. Pour la plupart des secteurs, et les documents historiques en font partie, seuls les connaisseurs ont vraiment  accès aux archives et aux documentations. Contrairement à l’étranger, où il m’a semblé que les partages se font naturellement au cours des rencontres, des salons, des ateliers et que l’aide vient plus aisément », raconte Tojo.

Un sacre bien mérité

Après avoir fait appel à des scénaristes sérieux, capables de retranscrire ses plances en en bulles, Tojo finit par faire la connaissance de Motus sur la toile. Le dessinateur malgache et le scénariste français sont accompagnés par un coloriste, Alvarez, et la maison d’édition Des Bulles dans l’Océan pour publier la BD « Tangala », fin 2015. « Il faut deux ans pour que l’œuvre soit totalement achevé. C’est vous dire que l’effort est constant, non seulement en dessin mais aussi dans la reproduction fidèle des archives photographiques et la coordination entre le scénariste et moi-même, en tant que dessinateur mais aussi l’éditeur qui a aidé à ajuster nos concepts au fil des planches ».

La BD « Tangala » est présentée au festival d’Angoulême en janvier 2016 et le dessinateur, invité par le président du festival à exposer ses planches au musée de la BD d’Angoulême. Un petit sacre qui laisse beaucoup d’espoir pour l’avenir professionnel du dessinateur. «Les bédéistes malgaches peuvent percer sur le marché international, notamment en Afrique, en France, en Belgique mais aussi dans la zone de l’océan indien. Mais nous devons nous concentrer sur la manière de relever le défi, notamment en s’investissant dans des travaux de recherches, de documentations, de scénarisation », conclue Tojo Alain.

Le premier tome de la BD, Tangala, a été bien reçu au festival d'Angoulême.

Le premier tome de Tangala a été bien reçu au festival d’Angoulême.

Le dessinateur s’attelle maintenant aux planches qui raconteront la suite de la saga: les tomes II et III. Le chemin est d’ailleurs bien tracé : dès sa conception, l’album a déjà été bien accueilli puisqu’il a déjà reçu le prix du Meilleur projet de la 7ème édition du Festival International de la BD d’Alger (FIBDA) en 2014.

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