Patrimoine, Reportages

Sur les routes : au cœur du corridor forestier d’Ambositra Vondrozo

Nous roulons entre les collines de l’Imerin’Imady, enveloppées dans une couche épaisse de brouillard. Après avoir quitté la commune rurale de Miarana Avaratra depuis plus de cinq heures,  nous nous trouvons à 1800 m d’altitude, bravant le froid brûlant et la bruine cinglante des Hautes Terres. Notre convoi longe une partie du corridor forestier d’Ambositra – Vondrozo : le Cofav qui s’étend sur quelques 450,000 ha et 300 km.

Le corridor forestier, vu du côté de l’Amoron’Imania

Camper au cœur du Cofav

Quelques lambeaux de forêts vierges résistent à la dégradation massive due à la coupe illicite de bois précieux et aux défrichements des cultures sur brûlis. Les médias parlent d’exploitants aurifères illicites et de “dégâts irréversibles” dans certaines parties du Cofav. Le monde de la conversation environnementale parle de plus de 1 200 000 arbres plantés pour restaurer 874 ha de forêts dégradées ces vingt dernières années. Nous voyons surtout les mêmes réalités dans les campagnes de Madagascar: des conditions difficiles, des paysans qui font de leur mieux pour survivre, tiraillés entre l’envie de quitter leur lieux de vie pour la ville et le désir de ne pas abandonner un mode de vie séculaire qu’ils aiment par dessus tout.

Notre campement au pied d’un lambeau de forêt vierge

Une trentaine de cours d’eau prennent leurs sources pour arroser le sud-est et le centre-est de Madagascar. On dit que certaines sources autrefois taries se seraient réapparues grâce aux reboisements. C’est non loin de l’une de ses sources, dans le site de Garao que nous campons pour la nuit. Des paysans, habitués à recevoir ces visites expresses sont venus organiser notre camping : installer les tentes, allumer et entretenir le feu, préparer une bonne cuisine paysanne au feu de bois et proposer un répertoire de chants traditionnels Zafindraony pour réchauffer la nuit.

 

La nuit est glaciale et venteuse : nos tentes semblent bien fragiles, sans la braise allumée par les paysans au milieu du campement. L’écotourisme profiterait à ces villageois qui donnent à l’expression “chez l’habitant” un véritable label.

Une omelette paysanne comme on les aime!

Le Cofav est notre forêt amie

Le lambeau de forêt devant lequel nous installons notre campement ressemble à une jungle en miniature. Pour ces paysans qui vivent près de la forêt, elle est la source de toutes choses : la rivière qui arrose leurs champs, le bois mort pour le feu, les plantes médicinales pour la santé et cet attachement sentimental qui leur tient à cœur : la forêt est leur amie. “Nous ne savons pas vivre sans la forêt et espérons que nos enfants continueront à le penser.  Mais parfois, les difficultés nous dépassent…Rien n’a vraiment changé, mais tout semble avoir changé , malgré tout“, nous confie-t-on. Un peu plus de 70 associations communautaires dépendent de ce corridor forestier à ce jour avec des bénéficies tirés de la gestion locale de ces sites, comme un hôpital et des  distilleries communautaires de ravintsara et de géranium.

Dans la partie du Cofav située dans l’Amoron’Imania : 7 degrés le matin.

Au petit matin, le thermomètre affiche 7 degrés. A la rivière qui prend source au pied de la forêt, l’eau est glaciale mais tellement étincelante que l’on ne se priverait pas d’y tremper le pied. Sur la crête de la colline voisine, nous voyons des enfants prendre le chemin de la seule école primaire des environs, leurs petits pieds, nus, foulant l’herbe humide et froide : beaucoup n’iront pas au collège, car les parents n’auront pas forcément les moyens d’investir dans leur scolarité. Nous quittons notre campement, mesurant les propos des paysans du Cofav de l’Amoron’Imania : oui, rien n’a changé mais tout a changé.

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