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Energie à Madagascar : les lycéens se mettent au courant

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Energie à Madagascar: les 600 élèves du lycée de Sabotsy Namehana ont participé à la journée récréative organisée par le Groupe de Reflexion sur l’Energie sur le thème de l’énergie durable à Madagascar, organisée dans le cadre d’une sensibilisation sur le mécanisme d’approvisionnement de l’énergie.

Chaque salle de classe reçoit une séance de présentation et sur la grande cour du lycée, des artisans transmettent leurs savoir-faire tandis que des scientifiques proposent des démonstrations à partir de technologies plus avancées. Une quarantaine de lycéens, intéressés à l’économie d’énergie au quotidien assistent ainsi à un exposé proposé par un expert du GRE. Plusieurs sortes de lampes, que l’on peut voir sur le commerce, sont ainsi examinées.

Bien choisir un éclairage efficace

Ce partage consiste à comparer la consommation d’énergie à travers l’éclairage et ainsi, orienter les jeunes vers le choix d’une lampe plus économe mais plus efficace. L’électricité est encore rare à Madagascar où 14% à peine de la population y ont accès.

Les lycéens apprennent à choisir des lampes efficaces

Les lycéens apprennent à choisir des lampes efficaces

L’habitude presque généralisée est d’utiliser la lampe à incandescence, ampoule courante dans les boutiques. Or, 90% de la consommation d’énergie de cette ampoule se transforme en chaleur et à peine 10% servent à éclairer. Pour un éclairage moyen de trois heures quotidiennes, la lampe classique dure un an. « Nous avons appris que la lampe fluocompacte est nettement plus économe et que s’il est deux à trois fois plus cher à l’achat, les avantages à l’usage couvrent largement le prix », selon Tiana, en classe de Première scientifique. « Par exemple, une lampe fluocompacte peut donner un éclairage acceptable et dure plus longtemps plus qu’une lampe classique ».

Sa calculette à la main, Riana, élève en Seconde démontre l’économie mensuelle que ferait sa famille si les trois ampoules utilisées dans leur maison sont remplacées par des ampoules fluocompactes : « Nous ferons un premier achat de 24. 000 Ar pour les trois ampoules et paieront moins de 7.000 Ar mensuels de facture contre 8 100 Ar mensuels, actuellement. Au bout d’un an, grâce aux économies effectuées, on aurait épargné l’équivalent d’achats de fournitures scolaires pour un enfant ».

Comprendre les rouages de l’électricité

Dans une autre salle, les différents mécanismes d’approvisionnement en électricité sont expliqués à l’aide de maquettes. La démonstration est ludique et les lycéens ont pu, tout en s’amusant, comprendre les rouages de l’approvisionnement énergétique : le thermique, le solaire, l’hydraulique, la photovoltaïque.  Narindra, élève en classe Terminale littéraire explique : « Je trouve que ce genre de démonstration est trop rare pendant les cours. Ici, avec les maquettes, les explications sont plus compréhensibles et nous voyons ce que nous apprenons. Pour ma part, cette expérience sur maquettes m’a surtout aidé à visualiser les exercices que nous faisons en cours de physique et de chimie et de comprendre le mécanisme qui éclaire la maison »

les différents mécanismes d’approvisionnement en électricité sont expliqués à l’aide de maquettes

les différents mécanismes d’approvisionnement en électricité sont expliqués à l’aide de maquettes

Dans les deux autres salles voisines, les lycéens ont eu droit à une projection de film sur la biomasse et les biocarburants et une session sur les métiers liés au secteur de l’énergie.

Des fours économes à portée de mains

Dans la grande cour du lycée, des petits groupes se forment autour d’activités dont la plupart sont nouvelles pour ces élèves. Ici, une artisane apprend aux jeunes à fabriquer leurs propres fatana mitsitsy, en utilisant des matériaux simples que l’on peut se procurer au marché ou chez soi. La théorie est de suite appliquée : de la motte de terre pétrie à la vase qui servira de réceptacle au four, de l’emballage en plaque d’aluminium découpée à l’assemblage des diverses pièces.

Un four économe artisanal de Madagascar

Une artisane apprend aux jeunes à fabriquer leurs propres fatana mitsitsy,

« C’est assez impressionnant. L’artisane a un bon rythme, en une heure, elle a créé son premier fatana mitsitsy. Chacun peut créer son propre foyer avec  des matériaux qu’on trouve dans son propre jardin, dans les champs, ou en recyclant des tôles qu’on n’utilise plus », s’enthousiaste Riana qui, toujours avec sa calculette en mains, projette les économies d’un fatana mitsitsy : « Selon les explications que j’ai reçues aujourd’hui et que je peux confirmer puisque ma mère utilise un fatana mitsitsy, le four économe réduit de presque deux-tiers la consommation de charbon. Le four retient la chaleur des braises si bien que je n’ai qu’à allumer un feu, déposer trois ou quatre grands morceaux de charbon et y cuire le riz, le laoka et faire chauffer de l’eau sans rajouter de charbon. Nous consommons l’équivalent de la moitié d’un sac de charbon par mois, soit 8.000 Ar contre un peu moins de deux sacs en utilisant un foyer classique ».

Un peu plus loin, une petite entreprise de fabrication de foyers économes expose les différents foyers disponibles sur le marché malgache : le foyer à pipe, le foyer à deux feux, le  four solaire… etc. Le mécanisme est toujours basé sur l’économie d’énergie, qui permet de réduire la consommation de charbons de bois ou de bois de chauffe d’au moins 60%. Chaque foyer économe utilisé à bon escient sauve 0.75ha de forêts chaque année : l’usage généralisé de ces fatana serait bénéfique pour les forêts de Madagascar.

Un cuiseur économe qui réduit la consommation de charbon

Le mécanisme du four à pipe réduit la consommation de charbons de bois de 60%.

En effet, si la demande en charbon est proportionnelle à la croissance démographique, les ressources en bois auront rapidement diminuées dans les années à venir. Or, plus de 90% des ménages malgaches ont recours au charbon de bois de manière quotidienne : « On estime que conséquences sociales, économiques et politiques d’une telle situation seraient plus graves comparées aux impacts du délestage vécu par les 13% des ménages malgaches ayant accès à l’électricité », selon le Groupe de Réflexion sur l’Energie.

Reboiser pour mieux économiser

Afin de compléter cette logique d’économie d’énergie et de charbon de bois, la journée récréative s’est terminée par une initiation aux techniques de plantation et de reboisement. « Au cours de cette initiation, on a appris à préparer les plants et le sol, créer et prendre soin d’une pépinière et les rudiments de l’entretien des jeunes pousses », expliquent les apprentis reboiseurs, occupés à planter les jeunes plants.

Le reboisement à vocation énergétique est important pour permettre à Madagascar de se reconstituer un stock de charbon et préserver ses forêts. Selon le GRE, le charbon de bois de Madagascar «  provient des forêts naturelles, des plantations industrielles et des plantations paysannes. 80% des plantations se trouvent  dans les hautes terres centrales, sur une superficie d’environ 140 000 ha (…)Antananarivo est l’un des plus grands consommateurs de charbon de bois dont  96% des stocks proviennent des forêts de plantation artificielle, et 82% sont des Eucalyptus. Ces plantations déjà anciennes font face aux pressions de la demande exorbitante en charbon de bois »

Appui au bois énergie à Madagascar

Initiation aux techniques de plantation et de reboisement

L’urgence d’un plan de reboisement à vocation énergétique est ainsi évidente : le GRE recommande d’ailleurs une exploitation durable des ressources, pour qu’en 2050, 80% des bois énergie consommés proviennent de ressources ligneuses durables.

Cette journée scientifique et ludique a été une occasion de participer à la sensibilisation de la jeunesse sur les réalités d’un secteur devenu sensible à Madagascar. Délestages, cherté des services d’approvisionnement en électricité, déforestation due à la fabrication de charbon de bois : autant d’enjeux qui exigent d’être solutionnés.

Au-delà d’une politique énergétique efficace, le basculement vers un comportement économe et rationnel commence par la compréhension du mécanisme-même de l’approvisionnement énergétique. C’était l’idée de la journée récréative organisée par le GRE à Sabotsy Namehana.

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