Entrepreneuriat à Madagascar

Prospérin Tsialona, plus d’informations à son sujet : http://bit.ly/2jp3yiP

Prospérin Tsialonina est un jeune entrepreneur malgache qui, en en 2009, a fondé une première entreprise de services (Kenthia Holding). En 2016, il contribue à créer une structure qui valorise l’artisanat en raphia malgache en Allemagne. Prospérin Tsialonina nous partage son parcours, sa vision de l’entrepreneuriat et son appui à l’entrepreneuriat malgache à travers son projet 100startups.co

Prospérin Tsialonina, parlez-nous du parcours qui vous a mené vers l’entrepreneuriat.  

Après un Baccalauréat scientifique, j’ai suivi des études en management, option comptabilité et finances. Dès la deuxième année, j’ai commencé à travailler et étudier en même temps. Si l’objectif au début est d’ordre financier, cette démarche m’a beaucoup aidé à mieux comprendre les théories en classe, en les confrontant avec la réalité sur terrain et cela a aussi favorisé la construction de mon réseau professionnel avant même que je ne sois diplômé. J’ai enchaîné divers postes après mon diplôme avant de reprendre les études pour faire un master en entrepreneuriat.  Quand j’étais consultant financier pour un cabinet d’audit et de commissariat aux comptes, on m’a beaucoup fait intervenir auprès des projets et programmes, jusqu’au moment où j’étais recruté par le FID pour accompagner des communautés bénéficiaires de subventions. Sans vraiment savoir la qualification de ce que je faisais, j’ai accompagné les communautés de base à développer l’entrepreneuriat social. J’ai dû faire des recherches car ma mission allait aux delà de mes compétences. J’ai beaucoup lu sur l’entrepreneuriat et les changements de comportement, jusqu’au point où j’ai cherché des universités pour apprendre l’entrepreneuriat.

Dans le monde de l’entrepreneuriat, vous à la tête de Kentia Holding. Quelle est la mission de votre entreprise et à qui s’adresse-t-elle.

C’est ma seconde tentative car je me suis déjà lancé dans la mini-industrie avec des amis. Cela m’a beaucoup appris sur la volatilité des bénéfices, le besoin de réinvestir, l’intérêt de recruter des bons collaborateurs, la rigueur, etc. Kentia Holding se positionne en tant que solution pour les PME. Nos trois petites structures offres des services d’externalisation, de formation et d’accompagnement en création de sociétés et domiciliation. Nos clients cibles sont les PME mais il nous arrive de recevoir des grandes entreprises et d’autres types d’organisations, tels que les projets, les programmes, les ONG.

A travers vos expériences, quel est aujourd’hui le regard que vous posez sur le monde de l’entrepreneuriat malgache?

Madagascar est très dynamique. Nous avons de jeunes talentueux qui ont beaucoup de bonnes idées innovantes. En revanche, on constate un manque flagrant de supports. Antananarivo avec plus de 2 millions d’habitants ne compte qu’une poignée d’incubateurs. L’accès aux financements est réservé aux projets déjà développés ainsi qu’à des activités de récoltes qui présentent peu de risque. Il n’y a quasiment aucune structure d’appui technique à part les privés qui coûtent chers. Tout ceci limite le développement de nouvelles idées et limite même les startups déjà en marche dans leur développement. Par rapport aux pays anglo-saxons, nous restons très timides dans notre vision et ceci limite nos capacités. Ajouté à cela, l’emprunt est presque un tabou dans notre culture. Or chaque développement nécessite en général plus d’investissement. Certains entrepreneurs cèdent aux pressions familiales sur la nécessité d’avoir une maison plutôt que davantage investir dans le développement de son entreprise.

Qu’est-ce qui manque à entrepreneuriat malgache et comment y pallier dans les prochaines années?

Je ne peux pas prétendre détenir toutes les clés pour développer l’entrepreneuriat à Madagascar, toutefois je partage ici des réflexions personnelles ainsi que des fruits d’échanges avec d’autres acteurs locaux. D’abord, notre éducation ne nous encourage pas à être débrouillard et à prendre des risques. Dans nos cultures, on est chouchouté par les parents, surtout quand on est garçon. Ces comportements freinent en quelque sorte l’envie d’être autonome et de s’épanouir chez nos enfants et ont des impacts sur nos façons de travailler et d’entreprendre. On a aussi un niveau d’exigence assez modeste dans notre vie, nous n’encourageons pas nos enfants et nos proches à rêver grand, à essayer l’impossible, à dépasser ce qui se fait normalement. Ce sont ces petits points, renforcés par les autres comportements dont j’ai évoqués plus haut qui ne développent pas assez notre culture d’entrepreneuriale. Une des pistes de changement serait de démocratiser la culture entrepreneuriale. Il faut en parler autant qu’on peut, à l’école, à travers les médias, à l’église, dans la famille. Nous, en tant que parents, devrions changer petit à petit de comportement pour encourager nos enfants à apprécier les résultats des efforts fournis, à être toujours meilleur qu’hier dans tout ce qu’on fait et à accepter les challenges. Bien évidemment, les autres problèmes liés à notre environnement de travail devraient aussi être revus : l’énergie, les règles et lois, la corruption, etc.

Quelles valeurs, selon vous, incarnent l’excellence dans entrepreneuriat?

C’est une question très personnelle. En ce qui me concerne, j’encourage les entrepreneurs à tenir compte du fait que les ressources naturelles sont rares et limitées et qu’on ait des enfants qui devraient aussi en profiter à leur tour. Etre entrepreneur ne se limite pas seulement à des activités économiques, nous sommes surtout responsables de plusieurs humains, les collaboratrices/ collaborateurs en première loge, y compris leurs familles. Dans chaque décision que nous prenons, nous devrions prendre tout cela en compte. Un entrepreneur devrait être un leader, dans ma perception des choses.

Vous avez décidé de lancer une levée de fonds pour soutenir les startups malgaches. Parlez-nous de cette initiative.

100startups.co a pour ambition de lever 200 000 € pour financer les 100 meilleures idées d’entreprise à Madagascar. Le but est de faire émerger les idées originales et innovantes pour qu’elles deviennent un jour les entreprises les plus florissantes de Madagascar, voire du continent. Personne ne peut prédire l’avenir, le seul moyen de savoir si cela va marcher ou pas est d’essayer. Malheureusement essayer une idée demande souvent des ressources. Dans les pays développés, des universités, des gouvernements ou des grandes entreprises offrent différentes possibilités (moyens techniques, financements, différents autres appuis) à travers des incubateurs aux porteurs de projet ayant des idées afin de les développer et/ou mettre en place des prototypes. Ce type de structure n’existant pas chez nous, on essaie de mettre en place une solution de rechange qui n’est pas facile à mettre en œuvre mais qui portera certainement ses fruits aussi peu qu’ils soient.

Comment fonctionne cette levée de fonds? Qui peut y contribuer et qui peut en bénéficier?

Pour constituer le fonds, nous faisons appel à 20 000 âmes de bonne volonté pour donner chacun 10€. Nous avons pu récolter plus de 5.500€ à ce stade. Il y aura un appel à projet afin d’identifier les meilleures idées. Les porteurs d’idées retenues seront formés. Une évaluation avec un business model comme rendu, ainsi qu’un pitch seront les indicateurs de validation lui permettraient d’aller au niveau suivant, c’est à dire le financement, l’assistance technique et le mentorat, afin de maximiser la chance de réussite du projet développé. Bien évidemment, nous ne pouvons pas mener cette mission tout seul. C’est en ce sens qu’on multiplie les demandes de partenariat et de collaboration avec les professionnels du métier : incubateurs, accélérateurs, institutions financières, etc. Les startuppers sont des créateurs de valeur et d’emploi. Dans la démarche idéale, les idées deviennent des entreprises formelles qui contribuent au développement de notre économie, qui paie ses impôts dans la caisse de l’Etat et qui crée de l’emploi pour nos concitoyens.