Le fanorona, un jeu de stratégie :  la base de l’architecture traditionnelle malgache. C’est la théorie avancée par Eris Rabedaoro, passionné de cosmogonie et auteur d’une encyclopédie en plusieurs tomes sur le fanorona. Il est l’invité de la Maison de l’Architecture de Madagascar pour parler de ses recherches. 

Eris Rabedaoro, expliquant l'orientation de la maison traditionnelle

Le fanorona, fondement du tranogasy

Des principes, aujourd’hui seulement connus par les initiés au jeu du fanorona, sont repris dans la conception et la construction de l’habitat horloge malgache : « Le  fanorona est inscrit dans les détails de la conception de la case malgache, mais aussi de la configuration que nous nous faisons de notre environnement. Quand nous disons par exemple « kototany » pour définir la cour de notre maison, c’est un principe du fanorona. Quand nous disons « lafivalo », nous parlons des huit faces dans le tracé des cases du fanorona. Le raisonnement de nos ancêtres sur l’emplacement de leurs habitats et de leurs villages est né du fanorona ».

Les principes du fanorona projetés sur des conditions géographiques

Le fanorona : constellation, source d’énergie, nombre d’or

Il y a trois sortes de fanorona, dont les noms dérivent du nombre d’emplacements de pions par côté. Le fanoron-telo en compte trois, dont le tracé rappelle celui du carré magique : c’est la version destinée aux enfants. Le principe est d’aligner les pions pour former le tracé de la ceinture d’Orion ou le telonohorefy, en malgache. Le fanoron-dimy est la version intermédiaire et qui est la somme de quatre carrés de fanoron-telo mis côte à côte : « il est considéré comme le fanorona des Vazimba. Selon une légende malgache, quand Zanahary, le Créateur, a demandé à nos sages de dessiner la conception la plus fidèle de l’univers, les sages lui ont présenté un fanoron-dimy car il renferme les principes de l’équilibre sur ce qui existe », explique l’invité de la Maison de l’Architecture.

Joueurs de fanorona, tableau de Razanatefy J.M (1983) Source: https://mcmparis.wordpress.com/fanorona/

Dans certains moments historiques comme le sacre de Ranavalona II à Mahamasina, on retrouve le rappel du fanorona. « Lors du sacre, l’emplacement des 3 900 tentes dessine un fanoron-dimy, avec la tente royale au milieu, en lieu et place de forin-daka ». Le forin-daka, traduction littérale : le vagin du laka, laka étant le milieu des intersections à huit lignes du fanorona et qui se traduit par un creux ou un trou au centre du jeu. « Le centre du fanorona porte ce nom parce que les Malgaches pensent que c’est le symbole de la source de l’énergie ».

Joueurs de fanorona. Photo ANOM, ca 1894

La dernière version du fanorona est le fanoron-tsivy dont les caractéristiques peuvent être retrouvés dans plusieurs autres concepts orientaux, comme le bracelet Mala à 108 perles ou le Yi king, la bible des Chinois, avec ses 64 hexagrammes. « Dans le fanorona, on peut évoquer le Phi, le nombre d’or qui s’observe dans la nature, dans des monuments d’architecture ou d’art et qui définit en termes mathématiques l’idée de l’équilibre et de la perfection ».

Le fanorona, base de la maison traditionnelle

Le passionné de fanorona qu’est Eris Rabedaoro, replace le jeu dans le contexte de la maison traditionnelle. « La maison malgache est construite sur le tracé d’un fanorona, associé à une projection au sol des douze constellations du zodiaque. Chaque emplacement d’objet comme le van, la bêche, la jarre d’eau, l’âtre du feu, correspond à une constellation précise. Et chaque choix d’emplacement influe sur les énergies de la maison, bonnes ou mauvaises. C’est sur le tracé du fanoron-telo que les sept piliers de l’habitat traditionnel malgache se fondent, alignés selon la configuration du carré magique, avec au milieu le foron-daka sur lequel, à mon avis, est installé le pilier central ou l’andry », développe le spécialiste, « c’est sur la compréhension des éléments autour du fanorona et de l’astrologie que nos ancêtres placent chaque chose.  C’est de là, par exemple, que nous tenons la tradition de l’orientation de nos maisons, mais aussi de certains principes comme l’absence d’ouverture du côté Est, car c’est un point d’entrée de vent froid ».  

Les piliers de la maison traditionnelle projetés sur un fanoron-telo

Le fanorona, au service de notre bien-être

Eris Rabedaoro s’attelle aujourd’hui à transmettre ce savoir-faire et cette logique ancienne, qui permet d’avoir un autre angle de vue sur la philosophie malgache de l’habitation et de la construction du lieu de vie. « C’est surtout notre bien-être que nous devons prioriser. La tradition ne doit pas être un blocage, nous devons l’utiliser à  bon escient pour améliorer notre quotidien. La question est de savoir comment nous pourrons utiliser ce savoir-faire pour améliorer nos conditions de vie et nos habitations actuelles», résume l’intervenant.

Envie de jouer au fanorona?

Une vidéo pour se familiariser aux règles du fanorona: