Savika ou tolon'omby

Savika à Manandriana Avaratra

Savika:  pour la troisième fois consécutive, Rija est le vainqueur du tournoi de savika ou tolon’omby de Manandriana Avaratra. Le tolon’omby, la tauromachie malgache, draine la foule à Manandriana, petit village d’à peine 200 toits de l’Imerina organisés autour d’une grande place où l’on retrouve une pierre sacrée. Certains sont venus de loin pour affronter la bête ou pour assister au spectacle. Lorsque le soleil sera au zénith,  la place du village sera noire de monde, tandis que les varangues et les fenêtres serviront de balcons aux moins téméraires. “Nous organisons le savika tous les ans et sommes fiers de constater que cette activité traditionnelle plait toujours”  souligne fièrement le maire de Manandriana Avaratra.

Parmi les participants, on retrouve Rija, 25 ans dont l’exploit est peu anodin, car la prouesse consiste à rester le plus de temps possible accroché à la bête enragée. “C’est toujours impressionnant quand on se rend compte qu’à force de persévérance et d’agilité, notre force humaine peut dompter un animal aussi puissant qu’un taureau, même pendant quelques secondes. Cela nous enseigne à dépasser nos limites“, explique Rija. Le tolon’omby est un sport qui se fait à mains nues. Contrairement à la tauromachie occidentale, le savika n’est pas un combat à mort mais une lutte de forces entre l’animal et l’humain. Dans les règles de cet art, aucune forme de tortures, de blessures volontaires, de tueries, ou même d’acharnement inutile n’est faite sur l’animal.

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Rija, vainqueur du tournoi de savika à Manandriana Avaratra

Le savika se fait au cœur-même du village

A midi, le corral est ouvert. Brusquement, les bêtes sortent, déchainées, au milieu du village. A Manandriana, le tolon’omby se fait au cœur même du village, si bien que les taureaux se faufilent dans les petites ruelles, jusques près des tombeaux, à la poursuite de ses adversaires. Les gens hurlent, crient, rient. Les uns s’accrochent aux arbres, escaladent les murets, se calfeutrent derrière les charrettes, se hissent sur les tombeaux. La foule est en liesse, tandis que Rija et les autres combattants tentent d’immobiliser les bêtes qui ne perdent pas encore leurs forces. Brutalement, elles se dégagent des bras et des poignées qui veulent à tout prix les arrêter. Quelqu’un crie “Tire sur la queue, mords la queue”, mais rien n’y fait. Un à un, les hommes déclarent forfaits. On acclame Rija, dernier à s’accrocher sur la bosse du zébu qui se calme petit à petit, fatigué. Rija a gagné pour la troisième fois le tournoi du tolon’omby de Manandriana Avaratra, sous les applaudissements de son village.

Le savika prépare à la vie

Le tolon’omby est présent dans beaucoup de régions de Madagascar, sous diverses appellations comme savika ou roapanolona. Ernest Ratsimbazafy, Maître de Conférences, dans ses recherches intitulées “Une vision anthropologique des pratiques physiques traditionnelles : vers une ‘patrimonialisation’ du savika” explique le fondement de l’affrontement entre l’homme et l’animal : Ce “jeu occasionnel (…) sert à démontrer à la communauté, aux spectateurs et à soi-même la virilité, le goût du risque, l’adresse et le style personnel de chacun. Les combattants s’en servent aussi pour le prestige des ancêtres, du groupe, du clan, de l’équipe d’appartenance et du village tout entier »

A Manandriana Avaratra, le spectacle se termine dans l’allégresse. Place maintenant aux traditionnels hira gasy et aux “kobandravina”, gâteaux traditionnels sucrés. Le soleil décline à l’horizon. Dans l’enclos, les taureaux se reposent après l’effort.