Patrimoine

Biotechnologie : une cape en soie d’araignée de Madagascar

Atelie de tissage de la soie d'araignée (Film : Victoria et Albert Museum)

Cette cape jaune, élégante et solaire, est fabriquée à partir de la soie d’araignée. C’est l’oeuvre des araignées dites Golden Orb, ou néphile dorée de Madagascar – Halabe en malgache. Le tissage d’une soie de cette qualité s’est inspirée de la tradition malgache du fil à soie d’araignée.

Cape en soie d’araignée, tissu créé à partir des fils de halabe (Photo : Peers/Goodley)

25 000 halabe  pour produire 30 grammes de soie d’araignée

La néphile dorée est une araignée  impressionnante. Elle mesure jusqu’à 20cm et son corps est jaune et noire. Elle peut tisser jusqu’à 12m2 de fil chaque jour : un fil très particulier car il est si souple qu’il peut s’étirer très largement sans se casser. Sa résistance est telle que la toile de la néphile dorée peut arrêter un oiseau dans son envol.

Détails des bordures de la cape en soie d’araignée

Ce projet de tissage de soie d’araignée de Madagascar a été réalisé en 2012,  fruit de la collaboration entre le Britannique Simon Peers, de l’Américain Nicholas Goodley, d’excellents techniciens malgaches et d’un millions d’araignées ! Les halabe  ont fourni leurs fils pendant cinq ans pour réaliser cette soie couleur or de 4 mètres. Les fils sont extraits de 24 araignées simultanément à l’aide d’une machine manuelle.  70 personnes ont ainsi été recrutées pour capturer les petites bêtes et les relâcher dans leur milieu naturel une fois les fils récupérés. En moyenne, il faut entre 23 000 et 25 000 araignées pour produire 30 grammes de soie.

Technique de la soie d’araignée inspirée de la tradition du landy

Dans les années 1880, à Antananarivo, le missionnaire jésuite Paul Camboué, membre de l’Académie malgache et passionné d’arachnologie, a conçu une machine qui récolte les fils produits par la Néphile dorée. A l’époque, Madagascar disposait d’un atelier et d’une école qui formait aux techniques de la soie, s’inspirant des techniques traditionnelles de tissage.  Malheureusement, ce projet s’est avéré très onéreux et l’exploitation à l’échelle industrielle de ces araignées a fait proliféré des moustiques, vecteurs de paludisme.

Atelier de tissage de la soie d’araignée (Film : Victoria et Albert Museum)

En 1898, Mr Noguè qui était l’un des directeurs de l’école professionnelle de tissage fit fabriquer un nouvel appareil d’extraction des fils d’araignée. Des essais ont ainsi été réalisés à Lyon grâces aux pontes d’araignées envoyées par le Gal Gallieni, mais les halabe ne résistèrent pas au climat et au voyage et périrent tous, si bien que le projet en resta là. Les dernières pièces confectionnées à partir de soie d’araignée datent de la fin du XIXème siècle et ont été créées pour l’Exposition universelle de Paris en 1900 : il s’agissait d’un ensemble de couvertures pour un lit à baldaquin entièrement faites en soie d’araignées de Madagascar. Aujourd’hui, cette pièce a malheureusement disparu.

Couverture en soie d’araignée pour un lit à baldaquin, présentée durant l’Exposition Coloniale de 1900 (Photo : The Art Institute Of Chicago)

En 2011 et 2012, la cape dorée en soie d’araignée de Peers et de Goodley a été exposée au Victoria and Albert Museum de Londres et au The Art Institute of Chicago.

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